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Le Maitreya ou le prince pensif

 

MAITREYA 



Maitreya, prince pensif
Sculpture
Pierre jaune, 57cm x 30cm x 17 cm.
Chine
Dynastie Tang (618-907)
755 (date au dos de l'oeuvre)
Legs Fauverge de French 961.3303
Collection Musée d'Art de Toulon

Maitreya, le Bouddha futur

Après la mort de Bouddha, l’absence terrestre du maître a été comblée par la constitution de la communauté et par la poursuite de l’enseignement de sa doctrine.

En parallèle, se développa le culte des reliques et la construction des stupa et leurs formes architecturales massives et complexes.

Mais un concept métaphysique apparaît, celui de la venue lointaine d’un bouddha futur, le bienveillant ou Maitreya.

Il est le premier (dans l'ordre) des nombreux bodhisattvas qui pourrait succéder à Bouddha. Dans la tradition picturale, il est parfois représenté comme enseignant aux 33 dieux et très souvent dans la position du prince pensif.

Cette représentation et les textes le présentent dans une situation d’attente dans le ciel des Tushita.

Il appartient au concept des 24 bouddha récurrents, qui se seraient succédés sur Terre avant l’avènement de Siddhartha, le Bouddha historique. Cette notion est en lien avec le samsara et la vision cyclique du temps propre aux pensées indiennes hindoues et au bouddhisme primitif.

Le Maitreya est un bodhisattva qui attend son ultime naissance pour accéder à l’Eveil et tourner la roue de la loi après un âge sombre. Il est le garant de la continuité, il continue l’œuvre de Bouddha.




Description

Le Maitreya est représenté en tenue princière : collier, bracelets et vêtements d’apparat. Il ne porte donc pas la robe monastique.

Le Maitreya est représenté dans la posture dite du prince pensif. En contemplation, les yeux baissés, une jambe posée sur l'autre genou, un pied reposant sur un socle en forme de fleur de lotus et un doigts appuyé sur la joue. Cette posture est assez courante dans la sculpture bouddhiste.

Elle est similaire à certaines représentations de Siddhartha contemplant le monde et découvrant la complexité de la nature de la vie humaine. 

En Chine, de telles statues pensives étaient  courantes aux Ve et VIe siècles, tandis qu'en Corée et au Japon, elles datent généralement des VIe et VIIIe siècles.

La sophistication du style et de la technique artistique sont illustrées par plusieurs détails réalistes : le sourire délicat et la posture assise naturelle. Cet accomplissement esthétique garantit l'harmonie anatomique entre les parties du corps et le flux dynamique de la robe et de sa corde à la taille

Le Maitreya est bien représenté avec certaines marques distinctives (lakshanas) du Bouddha (du futur) : 

  • La protubérance crânienne (ushnisha)
  • Les boucles de cheveux rituellement enroulées vers la droite
  • La roue de la loi
  • Les doigts longs
  • Les membranes interdigitales
  • Le teint d’or (choix de la pierre jaune)
  • Les jambes d’antilopes (fines et musclées).

La parfaite exécution, par le sculpteur chinois de ces signes, attribue à cette œuvre une réalisation équilibrée en adéquation avec les codes esthétiques de la Dynastie Tang et avec les concepts spirituels bouddhistes. 

Le but suprême étant de représenter à la perfection « les belles et bonnes proportions du Bouddha » décrites par les écrits et les récits ; inscrivant également cette représentation dans la longue tradition esthétiques de la statuaire indo-bouddhique des Mahapurusha, les Grands Hommes.

La fleur de lotus est représentée deux fois, sous la forme d’un socle sur lequel le Maitreya pose son pied, mais également autour de sa tête sous la forme d’un cercle constitué avec des pétales aux formes équilibrées et simplifiées.




Pour cette seconde représentation, ce cercle de pétales, semble représentée la roue du dharma, la roue de la loi. 




Apsaras et Bodhisattva

Au-dessus du Maitreya, on distingue quatre personnages volants et tenants un dais. Ce dais protège le Maitreya et lui confère son statut de personnage bouddhique, il prend la forme ici de la partie supérieure d’un stupa, synonyme d'élévation spirituelle et de son futur Eveil (illumination).

Ces personnages volants sont des Apsaras, divinités tirés du panthéon hindou traditionnel. Elles sont également présentes sur notre peinture cambodgienne contant deux épisodes de la vie de Bouddha.



Le Maitreya est accompagné de deux bodhisattva également auréolés. 








Chacun porte un attribut spécifique à gauche un vase à eau et le second un rouleau représentant le livre de la doctrine. Leurs tenues vestimentaires et leurs coiffes sont identiques, ces dernières ont également pour broche une forme de toit de stupa. 

Leur identification est complexe, le bodhisattva au rouleau pourrait être Manjushri, Avalokitéshvara ou Guanyin, mais le bodhisattva au vase à eau pourrait également être Guanyin.






Le dos de l’œuvre comprend une inscription, précisant la date de réalisation de cette œuvre, soit en 755. 

Le VIIIe siècle marque l’apogée de l’art bouddhiste chinois durant cette dynastie


Un Maitreya coréen

En comparaison nous avons choisi de vous présenter un exemple de Maitreya Coréen, exposé au Musée National de Corée de Séoul. Cette œuvre fait parti des Trésors Nationaux Coréen.





Maitreya - Prince pensif

Corée
VIe siècle
Période des Trois Royaumes (57 av. J.C. à 668 ap. J.C.)
Trésor national Coréen n°78.

Cette statue coréenne bouddhiste du VIe siècle  présente un Maitreya portant une haute couronne ornée d'un soleil et d'une lune. 

Ce type de couronne est originaire de l'empire perse sassanide, mais il a été transmis à l'est via la route de la soie et a été adapté comme couronne pour les bodhisattvas. 

La statue est relativement haute, mais la couche de bronze est exceptionnellement fine (jusqu'à 2 mm), ce qui montre que les artisans de l'époque avaient développé des techniques avancées d'artisanat du métal.

Nous retrouvons les éléments anatomiques, la posture, le vêtement d'apparat princier, l'équilibre anatomique et la finesse esthétique de notre Maitreya Chinois.


Au Japon, un Maitreya aux récits et aux identités multiples.

Le Maitreya prendra la forme au Japon de Miroku-Bosatsu à compter des VIIe-VIIIe siècle.

Cette première adaptation sera suivi d’un rapprochement avec le moine bouddhiste chinois Butai (Hotei pour les Japonais). Personnage historique de la fin de l’époque Tang, il est représenté énorme, hilare et portant sur son dos un sac de toile rempli, selon les traditions, de trésors qu’il pouvait distribués à volonté. 

Relecture des traditions de l’Asie-Orientale des génies obèses et généreux, il se voit au Xe siècle en Chine associé au Maitreya. 

Sous cette forme opulente et rieuse, il demeure l’une des formes les plus connues et populaires de Bouddha en occident.



Budai et ses disciples, Chine, grottes de Feilai Feng, temple de Lingyin, Hangzou
.

Il sera introduit  sous cette forme au Japon au XVIIe siècle par le biais de la secte Zen, ou sa vénération deviendra importante y compris dans les sanctuaires de premier ordre, par exemple celui de Manpukuji (Uji – sud de Kyoto) sous le nom de Miroku. 

Sous cette appellation, il est parfois accompagné d’enfants et il peut également  être représenté au sein des groupes d’arhat (disciples remarqables).

Enfin, sous le nom de Hotei, il est un membre important des Shichi Fukujin, les Sept divinités du Bonheur japonaise , popularisé par les artistes durant la période Edo et présent sous cette forme dans nos collections sur le netsuké aux Shichi Fukujin.



Vous pouvez retrouver la représentation de cette objet en suivant ce lien.

https://maatoulon.blogspot.com/2020/09/les-shichi-fukujin-les-sept-divinites.html





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